Ginkgo: le remue-mémoire!

Partie I: La mémoire et notre cerveau

 

La mémoire est sûrement la plus extraordinaire et fascinante activité du cerveau; en fait, l'intelligence repose entièrement sur la logo.jpg (173038 bytes)mémoire. La mémoire est mots et couleurs, voix et images, faits et chiffres, gestes et sensations, formes et odeurs... C'est quand on commence à la perdre qu'on saisit sa si grande valeur à l'intérieur de notre cerveau. Nous pensons à partir de la mémoire, nous agissons à partir de la mémoire, nous créons à partir de la mémoire...La mémoire assure le lien entre notre passé et notre présent et marque ainsi toute notre personnalité.

Nous verrons dans la chapitre qui suit le fonctionnement de la mémoire en commençant de façon plus générale par la décrire, puis en voyant son fonctionnement à l’intérieur du cerveau et enfin en de façon plus approfondie la mémoire parmi nos 100 milliards de neurones. La troisième partie sera une des plus intéressantes de ce recueil puisque nous verrons tout l'impact qu'a une simple mémorisation sur nos neurones. Commençons donc notre captivant voyage et voyons, pour débuter, ce qu'est la mémoire.

11.jpg (45276 bytes)Dans la vie de tous les jours, nous faisons souvent appel aux termes "mémoire" et "apprentissage". Pour comprendre la mémoire, il est important de faire la distinction entre ces deux termes. L'apprentissage désigne tout processus de modifier un comportement ultérieur. Apprendre à aller en vélo est donc un exemple qui se prête parfaitement à cette définition, parce que ce processus modifie involontairement nos habilités motrices. Après l'apprentissage, nous serons donc devenu meilleur. La mémoire quant à elle, se définit par la capacité de retrouver des expériences et des informations apprises antérieurement. Ainsi, lorsqu'on apprend a compter, on mémorise des chiffres et on peut s'en rappeler par la suite.

L'apprentissage est donc une sorte de mémoire, car après être allé en vélo, nous avons mémorisé d'une certaine façon la manière de conduire le vélo. C'est pour cela qu'un terme plus précis désigne l'apprentissage, c'est-à-dire la mémoire implicite. La mémoire implicite est donc l'action d'apprendre sans se souvenir de l'expérience ayant amené à cet apprentissage. On apprend a conduire le vélo, sans savoir pourquoi on devient meilleur. Tandis que la mémoire telle quelle, celle de retenir des informations et des événements, a un terme elle aussi plus précis pour la désigner, c'est-à-dire la mémoire explicite. La mémoire explicite se réfère donc à la capacité de se souvenir d'informations et d'événements.

12.jpg (45850 bytes)Ouf! Si vous avez déjà de la misère à suivre ces quelques données techniques, ne vous inquiétez pas! Il faut juste se rappeler que apprentissage est synonyme de mémoire implicite, et que mémoire est synonyme de mémoire explicite. Pour mêler encore plus les cartes, nous devons comprendre deux autres termes! C'est en 1972 que le psychologue Torontois Endel Tulving a pensé de préciser encore plus la mémoire explicite, c'est-à-dire la mémoire telle quelle. Selon lui, mémoire sémantique désigne connaissance du monde. Savoir que Moscou est la capitale de la Russie, qu'un arbre a des feuilles et qu'une personne avec une moustache est un homme, c'est faire appel à sa mémoire sémantique, sa mémoire remplie "d'informations brutes". Par opposition, selon Tulving, la mémoire épisodique représente la capacité de se rappeler d' événements spécifiques, comme par exemple, le déjeuner pris ce matin ou le dernier Noël passé en famille. Savoir qu'il y a un Bye Bye! à chaque fin d'année fait donc appel à la mémoire sémantique, tandis que se rappeler des blagues et des sketches du dernier Bye Bye! fait appel à la mémoire épisodique. Ces deux termes qui sont la division de la mémoire explicite sont extrêmement intéressants. L'un représente les événements, l'autre un immense réservoir d'informations de toutes sortes. Mais comment avons-nous fait pour trouver qu'il existe deux types de mémoire?

C'est à partir d'études sur des amnésiques, études qui se pratiquent depuis plus de 100 ans. En effet, ce qu'on sait de plus précis sur la mémoire, c'est la mémoire cassée qui nous l’a appris. Un amnésique est une personne souffrant d'amnésie, maladie qui est caractérisée par la diminution ou la perte de la mémoire. Prenons l'exemple fictif de Paul. Il y a 10 ans, il travaillait dans la construction. Un jour, il avait entre les mains un pistolet pneumatique. Il le fit claquer et le clou ricocha sur le béton d'un mur pour atteindre sa tempe droite. C'est par miracle que Jean ne soit pas décédé. Cependant, il oublia tous les événements qu'il avait vécus depuis qu'il était né, de son enfance en passant par son mariage et à la naissance de ses enfants. Il est évident que Paul avait perdu tout le contenu de sa mémoire épisodique, c'est-à-dire la mémoire des événements, lors de cet accident. C'est grâce à des événements malheureux comme celui-ci qu'on a pu mieux comprendre les types de mémoire.

Parlons d'un autre amnésique, sûrement celui le plus connu au monde, c'est-à-dire H.M. Faisant de graves crises d'épilepsie avant 1953, on a dû à ce moment, lui enlever les 2 hippocampes situées au centre du cerveau. Lorsque H.M. se réveilla, les crises d'épilepsie s'atténuèrent, mais il était victime d'une amnésie catastrophique. L'amnésie de H.M. est le contraire de celle de Paul. Paul, qui a perdu tout le contenu de sa mémoire épisodique, pourra cependant la remplir à nouveau d'informations. Il réapprendra la nom de sa femme, son adresse, son pays... H.M. quant à lui se rappelle de tout se qu'il a vécu avant son opération, mais ne retient maintenant plus rien depuis. La neuropsychologue montréalaise Brenda Milner, qui l'a suivi depuis son opération, dit qu'à chaque jour qu'elle allait le rencontrer, elle devait lui rappeler qui elle était et ce qu'elle venait faire. Elle pouvait lui passer plusieurs tests sans qu'H.M ne se rappelle ce qu'ils étaient en train de faire. La mémoire épisodique de H.M. ne fonctionnait plus du tout.

13.jpg (65579 bytes)On vient de le voir dans ces deux cas d'amnésie: chaque fois, c'est la mémoire épisodique qui est touchée. Cependant, la mémoire implicite (apprentissage) n'est pas touchée dans ces deux types d'amnésie. Un jour, le neuropsychiatre suisse E. Claparède dissimula une épingle dans sa main et alla serrer la main d'une de ses patientes amnésiques qui avait un trouble de la lorsque Claparède tenta de lui serrer la main, elle refusa catégoriquement, sans savoir pourquoi. Cela démontra donc parfaitement la capacité d’apprendre des amnésiques ayant le même trouble que H.M. Claparède démontra aussi qu'un pianiste amnésique pouvait apprendre un nouvel air et qu'on pouvait faire apprendre à un autre patient à dessiner avec un miroir.

Puisque les amnésiques ayant le même problème qu'H.M., peuvent apprendre (mémoire implicite), peuvent-t-ils aussi accroître leur mémoire sémantique, c'est-à-dire leurs connaissances du monde? On s'est longuement posé cette question. La réponse est non. La mémoire sémantique des amnésiques avant l’opération ou l’accident reste intact. Reprenons notre exemple précédent d’H.M. Après son opération, H.M. reconnaissait parfaitement l’animal qui chantait dehors comme un oiseau, savait qu’il était couché sur un lit, savait aussi que le liquide sur la table était de l’eau … etc. Sa mémoire sémantique d’avant son opération était demeurée intacte. Mais maintenant que sa mémoire épisodique ne fonctionnait plus, H.M. aurait dorénavant énormément de misère à accroître les informations de sa mémoire sémantique. En effet, il existe un lien étroit entre la mémoire sémantique et la mémoire épisodique. Grâce aux événements que nous vivons chaque jour, nous augmentons nos connaissances du monde, donc notre mémoire sémantique. Lorsqu'on prend l'autobus par exemple, on peut mémoriser de nouvelles rues, voir de nouvelles personnes qui nous racontent de nouvelles choses, apprendre sur de nouveaux produits annoncés dans l'autobus... Et si on pense plusieurs jours plus tard à notre petit voyage dans l'autobus, il est fort probable que l'on pense aussi aux gens que l'on a vus et aux choses que l'on a apprises... Notre balade dans l'autobus aura donc fait accroître notre mémoire sémantique, comme tout ce que nous faisons chaque jour. Si, comme dans le cas de H.M., notre mémoire épisodique ne fonctionne plus, notre mémoire sémantique ne fonctionne donc presque plus ou plus du tout, puisque notre mémoire des événements n'est plus là pour interagir avec la mémoire sémantique... Si on ne se rappelle jamais de "ce qu'on a fait", on ne peut donc pas se rappeler des éléments nouveaux qu'il y avait lors de ces événements. Notre mémoire sémantique ne peut14.jpg (66411 bytes) donc plus enregistrer de nouvelles informations. L.S. Cermak de l'Hôpital de Boston a fait lire un article sur les lasers à un patient expert en laser devenu amnésique. Il lut l'article et le comprit car sa mémoire sémantique d’avant son accident était demeurée intacte. Mais plus tard, dans la même journée, lorsqu'on lui a posé des questions puisées dans l'article qu'il venait de lire, il était incapable de répondre. Même si, théoriquement, sa mémoire sémantique fonctionnait, le patient ne put se souvenir des informations reliées aux questions car sa mémoire épisodique ne fonctionnait pas. Il ne pouvait donc pas mémoriser de nouvelles données. Cela démontre donc extrêmement bien le lien entre les mémoires épisodiques et sémantiques. En résumé, la mémoire épisodique a donc deux fonctions. Premièrement, elle permet de se souvenir d'événements spécifiques. Deuxièmement, grâce à elle, les informations provenant de chaque épisode isolé font grossir la mémoire sémantique, donc nos connaissances du monde. C'est donc encore une fois grâce à l'étude des amnésiques que l'on a réussi à bien distinguer la nature des deux divisions de la mémoire explicite, c'est-à-dire la mémoire sémantique et la mémoire épisodique.

En plus de ces rôles joués dans la mémorisation d'événements et donc de connaissances du monde, la mémoire épisodique est également essentielle pour s'orienter dans le temps et l'espace. La conscience que nous avons de l'endroit où nous sommes est évidemment extrêmement renforcée lorsque nous savons comment nous nous y sommes rendus. Les buts et objectifs à atteindre sont aussi grandement renforcés par la mémoire épisodique qui nous indique ce que nous avons fait jusqu'ici et pourquoi nous faisons ceci présentement. La perte du sens de l'orientation et le manque de buts à atteindre sont en effet des caractéristique typiques des amnésiques du type H.M.

Il existe aussi des types d'amnésie moins graves qui touchent la mémoire sémantique. Il existe des amnésiques qui ne peuvent jamais se rappeler du nom des animaux ou des légumes ou des parties du corps... En voyant ces types d'amnésie, on peut donc conclure que le cerveau semble classer de façon catégorique et en archives ces informations, ceci, d'une façon qui nous échappe encore.

Malgré que le modèle que nous venons de comprendre expliquant les types de mémoire à partir de cas d'amnésie n'explique pas tout, il nous permet de voir de façon générale ce qu'est la mémoire. Bien sûr, les recherches sont encore peu avancées dans l'explication de la mémoire. En continuant l' observation des amnésiques, nous pourrons, éventuellement, d'ici quelques années, comprendre tous les types de mémoire qui entrent en jeu dans la vie de tous les jours. Maintenant, avant de voir le fonctionnement de la mémoire, il nous reste à comprendre le processus d'enregistrement et la récupération d'informations dans notre cerveau grâce aux mémoires à court terme et à long terme.

Les mémoires à court et à long terme sont les deux types de mémoires impliqués dans la mémorisation. C'est donc grâce à ces deux façons de mémoriser qu'on peut se souvenir d'un événement (mémoire épisodique) ou d'une information (sémantique). Mais comment fonctionnent ces deux mémoires? Le meilleur moyen possible pour les expliquer est bien sûr l'ordinateur. Le cerveau humain possède la mémoire à court terme qui est extrêmement rapide mais très limitée et volatile: en quelques secondes, si l'information n'est pas répétée, elle est oubliée! La mémoire à long terme, quant à elle, est, contrairement à son opposée, plus lente d'accès, mais garde les informations beaucoup plus longtemps et a une capacité d'emmagasinage phénoménale! Hé oui, cela ressemble drôlement au processus de mémoire des ordinateurs! La mémoire RAM des ordinateurs est rapide mais peu volumineuse et garde des informations à doit continuellement être rafraîchie. Le disque dur lui est plus lent mais peut garder des informations indéfiniment. Et comme dans les ordinateurs, la mémorisation d'une information dans le cerveau passe par 3 étapes: l'encodage (sous forme de stimuli), le stockage (mémoires à court et à long terme) et la récupération. Voyons donc ces trois étapes pour mieux comprendre les mémoires à court et à long terme.

L’Encodage

15.jpg (52031 bytes)La première étude scientifique de la mémoire à été faite dans les années 1880 par l'allemand Herman Ebbinghaus. Se prenant lui-même comme cobaye lors de son expérimenta- tion, Ebbinghaus mémorisa des listes de syllabes sans signification qu'il récitait rapidement, jusqu'à temps de les mémoriser parfaitement. Ce qu'il voulait savoir, c'est si chaque période de récitation aboutissait à des progrès identiques, ou nuisait de plus en plus à mémoriser de nouvelles informations, ou par contre aidait encore plus à mémoriser de nouvelles informations, telle une boule de neige devenant plus grosse en amassant de plus en plus de neige. Ebbinghaus observa une relation linéaire entre le temps pris pour la récitation et le nombre d'éléments appris. Il nota aussi que lorsque les périodes de récitation étaient plus rapprochées, il mémorisait moins bien de nouvelles syllabes que lorsqu'elles étaient éloignées.

Le cerveau est divisé en grandes zones, qui s'occupent chacune d'une tâche spécifique, comme par exemple la zone visuelle, la zone olfactive, la zone motrice... Lorsque nous mémorisons quelque chose, par exemple une image, cette information est stockée dans sa zone respective, soit la zone visuelle du cerveau (le lobe occipital). Il en va de même pour une odeur qu'on mémorise, qui est stockée dans la zone olfactive, et une texture qu'on mémorise, qui est stockée dans la zone tactile. Donc, lorsqu'on mémorise quelque chose, plus on met de zones en action, c'est-à-dire plus notre code se présente sous différents stimuli (odeur, couleur...) et plus la mémorisation est bonne! Par exemple, je risque fortement de me rappeler bien mieux du nom de mon nouveau voisin si je l'ai rencontré et entendu parler que si je ne l'ai pas vu du tout. L'encodage d'une information dans le cerveau est donc extraordinaire: plus on a de stimuli pour une information, c'est-à-dire de codes, et plus notre cerveau stocke bien l'information!

16.jpg (81514 bytes)Une expérience très simple a été menée pour démontrer l'importance de l'encodage en profondeur. On a demandé à un premier sujet de lire une liste de mots. Ensuite, un second sujet a lu les mêmes mots et devait trouver ceux qui rimaient ensemble. Finalement, un troisième sujet devait trouver chacun des mots qui terminait une phrase, comme par exemple le mot "chien" pour la phrase "L'homme fut réveillé par l'aboiement d'un..." On retira ensuite les mots aux sujets et on leur demanda de les répéter. Le troisième sujet eut de façon significative de bien meilleurs résultats que les deux autres. C'est que ce dernier mettait en jeu beaucoup plus de zones de son cerveau que les deux autres lors de la mémorisation, comme par exemple la zone de la pensée, la zone de la déduction, la zone visuelle (pour figurer le chien), la zone auditive (pour figurer l'aboiement), la mémoire... On vient de le voir, le traitement en profondeur d'une information représentée sous plusieurs codes, est donc plus efficace pour la mémorisation.

Également, la capacité de mémoriser de l'information dépend de la compétence de chacun. Un joueur d'échec peut, d'un coup d'œil, fixer en mémoire une partie d'échec, contrairement à une personne ordinaire qui peut prendre des heures à mémoriser la partie. Les joueurs de bridge, les adeptes de statistiques de baseball et de hockey démontrent eux aussi que la compétence vient renforcer la mémoire.

En plus d'essayer de mémoriser une information à l'aide de plusieurs stimuli, il existe quelques autres trucs pour encoder mieux des informations. Tout d'abord, les émotions sont extrêmement importantes dans le processus de la mémoire. Comme nous le verrons dans la partie 3 de ce chapitre, la noradrénaline est un neurotransmetteur sécrété lors d'émotions intenses. La mémorisation s'effectue beaucoup mieux chez quelqu'un qui est joyeux et heureux que chez quelqu'un qui est triste et déprimé, puisque les neurotransmetteurs utilisés chez quelqu'un heureux agissent mieux sur nos neurones. Il va sans dire qu'on a plus tendance à se rappeler des informations sur un sujet qui nous passionne que sur un sujet qu'on déteste, car l'encodage et le stockage sont alors plus efficaces. Également, la méthode de mémorisation d'Ebbinghaus que nous venons de voir, qui était celle de répéter et répéter machinalement des syllabes pour les apprendre, est reconnue aujourd'hui pour être peu efficace. Il est bien mieux de comprendre et d'essayer de relier avec nos connaissances déjà acquises quelque chose que l'on veut mémoriser que de simplement répéter cette information. En effet, des chercheurs à l'Université de Carnegie Mellon aux États-Unis ont fait apprendre plusieurs séries de 80 chiffres à un étudiant! Cet adepte de course n'avait pas une mémoire plus extraordinaire que celle des autres élèves, mais avait eu l'excellente idée d'associer les chiffres des séries avec des résultats en temps de courses à pied! Cela démontre encore une fois que pour bien mémoriser, il est mieux d'y aller d'une manière intelligente en associant et en comprenant que simplement en y allant en répétant.

Finalement, un dernier truc pour mieux mémoriser est l'importance du contexte. Il y a quelques années, Duncan Godden de l'université de Stirling a fait apprendre des chiffres à des plongeurs sous l'eau et à des plongeurs sur la plage. Ensuite, il a demandé à certains sur la plage de plonger sous l'eau et aller répéter les chiffres qu'ils venaient d'apprendre, il a demandé aussi à certains sous l'eau de remonter à la plage pour les répéter, et finalement, il a demandé aux autres de rester à l'endroit où ils étaient et de répéter les chiffres. Ceux qui sont restés à l'endroit où ils avaient appris les chiffres eurent 40% de meilleures réponses que ceux qui avaient changé de milieu! Lorsqu'on essaie de retrouver une information, il est donc extrêmement important de se rappeler où on était lors de la mémorisation et de se remettre dans le contexte.

Ça en fait des trucs pour avoir une mémoire d'éléphant! Tous sont cependant excellents et ont été prouvés scientifiquement!

Le stockage

Nous verrons dans les deux prochaines parties de ce chapitre comment fonctionne physiquement le stockage d'informations dans le cerveau. Dans cette partie, il est cependant important de bien cerner la différence entre les mémoires à court et à long terme. Nous venons de comprendre toute l'importance qu'a un bon encodage pour une bonne mémorisation. Plus on présente de codes, donc de 17.jpg (58053 bytes)stimuli au cerveau, et plus celui-ci met en action de zones, mémorisant ainsi de mieux en mieux l'information. Mais comment arrive-t-on à décider qu'une information est suffisamment pertinente pour être gardée en mémoire? C'est le rôle de la mémoire à court terme. Lorsqu'on regarde dans l'annuaire téléphonique et qu’on apprend un numéro de téléphone, celui-ci est répété et répété dans notre mémoire à court terme jusqu'à ce que nous composions le numéro sur le clavier du téléphone et que notre cerveau juge que le numéro n'est plus nécessaire et n’a plus à encombrer notre mémoire à court terme! Mais lorsque notre mémoire à court terme fait affaire à une information importante qui doit être acheminée vers la mémoire à long terme, elle la répète très longtemps, jusqu'à ce que l'information arrive, via nos neurones, à la mémoire à long terme, où elle sera stockée grâce à des modifications de neurones entre eux! Par exemple, si je lis une définition à voix haute et que je dois absolument la savoir par cœur, je la répète et répète (comme le fait simultanément ma mémoire à court terme) jusqu'à ce que la définition arrive à ma mémoire à long terme. Puisque, lors de la mémorisation, j'ai lu à voix haute la définition, celle-ci sera stockée à long terme dans les zones visuelle, auditive et du langage de mon cerveau. Si cette définition est uniquement importante pour mon examen de français du lendemain, elle sera par après oubliée, et les zones où elle était stockée auront donc fait le ménage de tout ce qui est superflu. Mais si j'ai encore besoin de la définition pour le prochain cours, je devrai alors, pour empêcher qu'elle soit effacée, ainsi la répéter le ou les jours suivants, renforcissant ainsi les connections entre les neurones impliqués dans cette mémorisation. Imaginez toute l'activité qui se passe dans nos chers neurones lors de ce simple exercice! Nous verrons, bien sûr, de façon beaucoup plus approfondie tout ce mécanisme dans les deux prochaines sections.

La récupération

Nous savons encore peu de chose sur ce qui déclenche la récupération d'informations stockées dans notre cerveau. Il est en effet difficile de comprendre comment une zone de cerveau peut tout à coup nous faire remémorer une information spécifique, en fonction d’un stimulus spécifique. Cependant, les connaissances des chercheurs sont de plus en plus évoluées en ce qui a trait à l'oubli, cette action du cerveau qui nous gêne tellement devant une personne lorsque nous ne nous rappelons plus de son nom, ou qui nous stresse tellement lors d'un examen lorsque nous ne nous souvenons plus d'une date. Bien que cette activité du cerveau est souvent très fâcheuse, elle lui permet d'éliminer ce qu'il croit superflu et inutile. L'oubli survient la plupart du temps, comme nous venons de le voir, lorsque les connections entre les neurones codant une informations s'altèrent de jour en jour puisque l'information n'a pas été répétée.

Entre 1960 et 1970, un dénommé Tulving entreprit des recherches sur l'oubli. Il fit lire à plusieurs sujets une liste de mots, puis leur fit répéter 2 fois, puis leur fit relire de nouveau, et finalement leur fit répéter 3 fois. Il nota que plusieurs fois, même si le nombre de mots restitués était resté semblable, certains sujets en répétaient de nouveaux et en oubliaient d'autres. Il était évident que les sujets en connaissaient beaucoup plus qu'ils ne pouvaient en restituer. Cela démontre que lors de l'oubli, c'est le processus de récupération qui peut jouer des tours plus souvent que le processus d'encodage. Pour pouvoir avoir une meilleure récupération, il faut donc se remettre dans l’ambiance où nous étions lorsque nous avons mémorisé une information donnée et être extrêmement concentré. En plus de l'oubli, il existe aussi deux types d'interférences (rétroactive et proactive) qui nuisent à la récupération d'informations dans le cerveau.

18.jpg (69191 bytes)L'interférence rétroactive est une compétition entre ce qui a été appris antérieurement et un nouvel appren- tissage. En effet, l'oubli augmente avec la qualité d'apprentissage nouveau. L'apprentissage des langues peut bien illustrer cette notion. Une personne qui connaît quelques mots d'italien et encore moins d'espagnol et qui passe quelques jours en Espagne, peut devenir encore moins bonne en italien, en mêlant toujours "grazie" avec "gracias". Les nouveaux mots d’espagnol qu'elle apprend viennent donc interférer avec ses quelques mots d’italien, résultant ainsi d'une interférence rétroactive. Inversement, l'apprentissage passé peut venir interférer avec des informations nouvelles. C'est ce qu'on appelle interférence proactive. Une personne qui voyage cette fois aux États-Unis et qui voit le "C" sur le robinet peut bien penser à "chaud", mais n'obtiendra jamais d'eau chaude puisque le "C" signifie bien "cold".

Bien que ces erreurs de la mémoire et l'oubli peuvent paraître fâcheux, la mémoire a besoin d'eux pour fonctionner. Une mémoire saine est une mémoire qui est apte à bien filtrer ses informations, en sachant ce qui sera important pour le futur et ce qui ne le sera pas. Et pour ce qui est des interférences rétroactives et proactives qui arrivent quelquefois dans notre mémoire, cela vient juste nous confirmer qu'elle fonctionne en fait bien et qu'elle peut se tromper quelquefois. Imaginez en effet le nombre d'informations auxquelles notre mémoire fait affaire chaque jour! Il est évident qu’elle ne peut pas être infaillible à 100%!

 

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  • L’apprentissage désigne tout processus qui consiste à modifier un comportement ultérieur, tandis que la mémoire se définit par la capacité de retrouver des expériences et des informations apprises antérieurement.
  • Le synonyme d’apprentissage est " mémoire implicite ", tandis que celui de mémoire est " mémoire explicite. "
  • La mémoire explicite se divise en deux sous-mémoires : la mémoire épisodique, qui s’occupe de stocker les événements vécus, et la mémoire sémantique, qui s’occupe de stocker les informations brutes.
  • Il existe un lien étroit entre la mémoire épisodique et la mémoire sémantique. En effet, chaque épisode isolé fait accroître la mémoire sémantique, donc nos connaissances du monde.
  • Pour mémoriser une information, notre cerveau fait appel à trois processus : l’encodage, le stockage et la récupération.
  • Lors d’une mémorisation, plus on a de codes (donc de stimuli) pour une informations donnée, et mieux elle est mémorisée, activant ainsi plus de zones dans le cerveau.
  • Lors du stockage, les informations passent par la mémoire à court terme et si elles sont assez répétées par celle-ci, elles seront stockées dans la mémoire à long terme.
  • L’oubli est vital pour un bon fonctionnement du cerveau. Il se produit lorsque la mémoire à long terme fait le ménage de ses informations lorsqu’elle juge que la connexion entre les neurones codant une information n’est pas assez forte.

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© David Laflamme, davidlaflamme@videotron.ca, école secondaire Montcalm, expo-sciences 1999