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> Les mécanismes moléculaires de la mémoire

 

 

Les informations que nous mémorisons sont stockées au niveau des connexions des neurones. Grâce à la plasticité synaptique, d'extraordinaires mécanismes moléculaires permettent de fixer ces informations au cœur de nos synapses.

Sommaire

> Article 1
La brique du cerveau

> Article 2
Fascinante mémoire!

> Article 3
Les mécanismes moléculaires de la mémoire

> Article 4 Alzheimer: terrible mort neuronale

> Article 5
Bêta-amyloïde: un neuromodulateur négatif

> Article 6
Des neuro- modulateurs cholinergiques

> Article 7
La neuromodulation in vivo!

> Article 8
Ginkgo: neuromodulateur!

 

 

 

 

Définitions

Synapse:           Connexion entre deux neurones séparés par
la fente synaptique.
Elle est constituée d'un bouton synaptique et d'une dendrite de deux neurones différents. Elle assure chimiquement
la communication
entre ces neurones.

 

 

 

 

 

 

 

Plasticité synaptique Caractéristique des synapses de pouvoir modifier l'intensité de leur transmission synaptique. Selon les informations qu'elles véhiculent, elles peuvent renforcer ou diminuer cette intensité.

 

 

 

 

 

 

 

Potentialisation à long terme         (PLT) plasticité synaptique chez les neurones glutamatergiques. A lieu grâce au récepteur NMDA. Permet d'augmenter l'intensité de la synapse par différents processus moléculaires.

 

 

 

 

 

 

 

Glutamate: Neurotransmetteur excitateur utilisé par un tiers des neurones du cerveau, les neurones glutamatergiques. Il est grandement impliqué dans la potentialisation à long terme (PLT).

 

 

 

 

 

 

 

Agoniste:      Substance qui entraîne l'activation d'un récepteur et qui produit une action physiologique identique à celle d'un neurotransmetteur.

 

 

 

 

 

 

 

Antagoniste:    Substance qui bloque la fixation d'un neuro-transmetteur à son récepteur. Il inhibe la transmission synaptique en occupant le site de fixation du récepteur.

 

 

 

 

 

 

 

Récepteur ionotrope:    Récepteur couplé à un canal ionique. Son activation ouvre le canal qui lui est couplé ce qui permet l'entrée ou la libération d'un ion spécifique.

 

 

 

 

 

 

Phosphoryler:     Fixer un groupement phosphate -arraché à un ATP (adénosine tri-phosphate)- à une protéine. Cela libère de l'énergie et permet d'activer cette protéine. Cela transforme également sa structure.

 

 

 

 

 

 

 

Neuromodulateur:    Substance capable d'influencer positivement ou négativement l'intensité d'une synapse. Il module la libération de neurotransmetteurs, leur réception ou leur dégradation.

 

 

 

 

 

 

 

Scopolamine:     Alcaloïde de la plante Scopolia carniolica, agissant comme antagoniste des récepteurs muscariniques. Il inhibe donc la transmission synaptique cholinergique.

 

 

 

 

 

 

 

Récepteur métabotrope:     Récepteur couplé à une protéine-G. Son activation mène à la phosphorylation de cette protéine qui devient activée et qui activera d'autres protéines dont la phospholypase C.

 

 

 

Notre cerveau comporte environ 1 million de milliards de synapses, ces connexions chimiques assurant la communication entre deux neurones. Ça en fait des interactions! C'est en 1950 que le psychologue américain Donald Hebb ayant fait ses études à l'Université McGill, postulat l'hypothèse que nos synapses seraient malléables: l'efficacité avec laquelle elles connectent deux neurones pourrait varier en fonction de l'activité passée. Plus une synapse est utilisée, mieux elle laisserait passer le courant. Selon lui, les synapses pourraient être grandement impliquées dans la mémorisation. Hebb ne pouvait pas voir plus juste: la synapse est aujourd'hui considérée comme pleinement malléable et c'est cette malléabilité -la plasticité synaptique- qui permet aux neurones de stocker des informations. Chaque information stockée dans notre cerveau augmente donc l'efficacité de la connexion entre deux neurones. Selon certains chercheurs, la capacité de mémorisation d'informations du cerveau humain, reposant sur le nombre de synapses, équivaudrait donc à environ 1 million de milliards de bits informatiques, alors que la capacité d'un des plus puissants ordinateurs actuels n'est que de 1024 milliards de bits! Nous sommes donc pourvus d'une incroyable mémoire… d'éléphant! Mais comment la connexion entre deux neurones peut-elle augmenter en efficacité et ainsi stocker une information? C'est par d'extraordinaires mécanismes moléculaires. Un des types les plus étudiés de la plasticité synaptique est la potentialisation à long terme (PLT). Elle prend vie au cœur des synapses des neurones glutamatergiques.

La synapse glutamatergique

Les neurones glutamatergiques sont ceux utilisant le glutamate comme neurotransmetteur au niveau de leur synapse. Un peu plus du tiers des neurones du cerveau sont glutamatergiques. Le bouton synaptique de la synapse glutamatergique est composé bien entendu de centaines de vésicules synaptiques contenant les fameuses molécules de neurotransmetteur: le glutamate. Également, il se trouve sur le bouton synaptique des canaux à calcium qui sont activés lors de l'arrivée d'un potentiel d'action. Cette activation mène à leur ouverture, puis à l'entrée de calcium à l'intérieur du bouton. Cette entrée mène à la dépolarisation des vésicules synaptiques qui fusionnent avec la membrane et qui laissent s'échapper des milliers de molécules du neurotransmetteur glutamate dans la fente synaptique. Celles-ci y diffusent à toute allure et vont se fixer aux récepteurs glutamatergiques de la dendrite connectée à ce bouton synaptique. Cette fixation du glutamate aux récepteurs mènera à la dépolarisation de la dendrite par entrée d'ions sodium (positifs) et y créera une stimulation. Il existe cinq types différents de récepteurs à glutamate sur les neurones: le AMPA, le NMDA, le Kainate, le L-AP4 ainsi que le métabotrope. Nous nous intéresserons particulièrement aux deux récepteurs impliqués dans la PLT: le AMPA et le NMDA. Le récepteur AMPA se nomme ainsi car une substance autre que le glutamate peut l'activer: le -Amino-3-hydrixy-5-Méthyl-4-isoxazolePropionate. Une substance autre qu'un neurotransmetteur pouvant activer un récepteur s'appelle un agoniste. La prise de ce produit active donc, même si aucun potentiel d'action circule, le récepteur AMPA puisqu'il mime l'action du glutamate. Ce récepteur a également des antagonistes comme par exemple le CNQX. Le récepteur AMPA est un récepteur ionotrope c'est-à-dire qu'il est couplé à un canal ionique: le canal à sodium. La fixation de glutamate mène donc à son activation. Cette activation permet l'ouverture du canal sodium qui lui est couplé, l'entrée par diffusion d'ions sodium, la dépolarisation de la dendrite puis la propagation d'un potentiel local jusqu'au corps cellulaire. Ce récepteur joue donc le rôle de traducteur des signaux chimiques envoyés par le bouton synaptique du neurone présynaptique en stimulations électriques sur la dendrite du neurone postsynaptique sur laquelle il est situé. Le récepteur NMDA quant à lui se nomme ainsi car il a comme agoniste le N-Menthyl-D-Aspartate. Il est également un récepteur ionotrope et est couplé avec un canal calcium. Ce canal calcique est cependant bloqué par des ions magnésium (Mg2+). Même si du glutamate se fixe à la surface du récepteur NMDA, l'active et ouvre le canal à calcium, aucun ion calcium ne peut entrer, dû au blocage du canal par les ions Mg2+. Pour que ceux-ci se retirent du canal, le potentiel membranaire de la dendrite doit être aux alentours de 30 mV. Le potentiel membranaire des dendrites est en fait très rarement à 30 mV puisque leur potentiel de repos est de 70 mV et que les potentiels locaux qu'elles voyagent sont la plupart du temps inférieurs à +1 mV. Les stimulations envoyées par des neurones se connectant à un neurone doivent donc être remarquablement nombreuses et à haute fréquence pour permettre l'entrée de calcium via les récepteurs NMDA de ce neurone. En effet, si ce neurone reçoit tout à coup simultanément de nombreuses et répétitives stimulations sur ses dendrites, le potentiel membranaire de certaines d'entre elles peut alors atteindre les 30 mV. Cela est donc suffisant pour provoquer l'expulsion des ions Mg2+ des canaux calciques de certains des récepteurs NMDA de ces dendrites pour un très court laps de temps. Des centaines d'ions calcium en profitent donc pour entrer à l'intérieur de ces dendrites. Cette entrée de calcium activera d'extraordinaires mécanismes qui permettront de renforcer certaines des synapses qui avaient atteint les 30 mV! C'est donc le récepteur NMDA qui s'occupe d'accepter ou non le renforcement d'une synapse. Il accepte très rarement: uniquement lorsque les dendrites reçoivent d'intenses stimulations. Cette propriété du récepteur NMDA qui lui permet de "sélectionner" d'une certaine façon les informations est tout à fait géniale et fait de lui le récepteur de la PLT. Finalement, après que les molécules de glutamate aient été libérées par les boutons synaptiques et qu'elles aient activé les récepteurs postsynaptiques, elles sont recaptées par les boutons synaptiques où elles pourront être réutilisées pour assurer une nouvelle transmission synaptique.

Les mécanismes de la PLT

La potentialisation à long terme peut être définie comme étant une augmentation d'amplitude de la réponse postsynaptique à la suite d'une intense activation présynaptique. L'intense activation est généralement courte (< 1 seconde) mais de fréquence élevée (> 100 Hz) : exactement ce qu'il faut pour évacuer les Mg2+ du canal calcium du récepteur NMDA. Des expériences menées sur des lapins et pratiquées par l'anglais Tim Bliss et par le Suédois Terje Lomo démontrèrent en effet qu'après avoir stimulé brièvement, régulièrement et à haute fréquence un neurone présynaptique, le neurone postsynaptique connecté à lui réagissait plus vite et plus fort et ce, jusqu'à plusieurs semaines après. Un neurone qui réagit plus efficacement à de nouvelles stimulations: ça ressemble à de la mémoire! Deux stratégies existent pour renforcer une synapse. La première, c'est d'augmenter le nombre de molécules de neurotransmetteur libérées. Il y a plus de messagers et donc le message passera évidemment beaucoup mieux. Cette stratégie implique donc la zone présynaptique de la synapse: le bouton synaptique. La deuxième stratégie implique plutôt la zone postsynaptique de la synapse: la dendrite. Elle consiste à augmenter l'efficacité de la réception du message: il y a plus de récepteurs et/ou ceux-ci s'ouvrent beaucoup plus facilement. La PLT agirait pré et post synaptiquement pour renforcer la synapse. La PLT, dans la grande majorité des cas, est dépendante de l'entrée de calcium (Ca2+) causée par l'activation des récepteurs NMDA. L'ion calcium est un messager intracellulaire extrêmement important dans les cellules. Il est extrêmement bien conçu pour se fixer facilement à la morphologie irrégulière de certaines protéines et enzymes. Cette liaison du Ca2+ à diverses enzymes et protéines leur induit de profonds changements conformationnels. Par exemple, le Ca2+ est bien connu pour se fixer à la calmoduline. Cette protéine sert de détecteur de calcium dans plusieurs cellules. Elle possède quatre sites de liaison au calcium. Lorsqu'une calmoduline a ses quatre sites occupés par des ions Ca2+, sa structure est complètement transformée et elle devient activée. Elle se nomme alors la Ca2+-calmoduline. La Ca2+calmoduline activera alors deux protéines particulières en se fixant à elles: l'adenylate cyclase ainsi que la protéine kinase II calmoduline- dépendante (CaM kinasse II). La liaison de la Ca2+calmoduline à l'adenylate cyclase transforme profondément sa structure tri-dimensionnelle et l'active. L'adenylate cyclase activée n'a qu'une fonction: fabriquer de l'adénosine mono-phophate cyclique (AMPc). L'AMPc alors fabriquée va se fixer à la protéine kinase A (PKA). Lorsque deux AMPc se fixent sur une PKA, celle-ci devient activée. Elle n'a alors qu'un rôle: celui de phosphoryler des protéines. Le fait de phopshoryler une protéine (lui ajouter un groupement phosphate) transforme sa structure et lui donne de l'énergie par formation de nouvelles liaisons chimiques. Les chaînes C activées des PKA vont alors phosphoryler les récepteurs AMPA de la synapse (1). Leur structure sera alors légèrement transformée et ils s'ouvriront plus rapidement lors de la prochaine fixation de glutamate à leur surface! Également, la phosphorylation des récepteurs AMPA mène à une plus grande conductance des ions sodium de leur part. Un potentiel local plus important est alors créé suite à une stimulation synaptique. Nous venons donc de voir le premier mécanisme moléculaire de la PLT: la phosphorylation des récepteurs AMPA qui deviennent beaucoup plus efficaces! Également, les PKA vont phosphoryler une autre protéine: la protéine CREB (2). La liaison d'un groupement phosphate à la protéine CREB va libérer de l'énergie et activer cette protéine. Cette protéine a comme rôle la transcription de gènes. Activée, elle se rendra jusqu'au noyau du neurone pour demander la fabrication de nouveaux récepteurs AMPA et ce, grâce à la transcription de gènes spécifiques. Les récepteurs AMPA seront fabriqués dans les ribosomes du neurone puis acheminés à la synapse en question. De nouveaux récepteurs fraîchement fabriqués sont arrivés à la synapse ayant été fortement stimulée auparavant. Ces récepteurs viendront donc établir la PLT sur cette synapse en augmentant la réception de futures transmissions synaptiques! La PLT implique donc aussi la transcription de gènes ce qui permet de renforcer davantage la synapse par ajout de nouveaux récepteurs AMPA! En plus d'activer les adénylates cyclases qui fabriquent les AMPc, la Ca2+-calmoduline active une autre protéine en se fixant à elle: la protéine kinase II calmoduline-dépendante (CaM kinase II). Cette protéine est extrêmement intéressante. La liaison de multiples molécules de Ca2+-calmoduline l'active. Activée, elle n'a qu'un seul rôle: la phosphorylation, tout comme la PKA. Cependant, avant de phosphoryler d'autres protéines, elle s'autophosphoryle! La charité commence par soi-même comme dit le proverbe! La CaM kinase II place en effet plusieurs groupements phosphates sur sa structure, formant de nouvelles liaisons chimiques et libérant ainsi beaucoup d'énergie. Lorsque la stimulation synaptique sera terminée, que le calcium retournera à l'extérieur du neurone et que la calmoduline ne sera plus activée, la CaM kinase II sera pour sa part quand même activée grâce à son autophosphorylation et ce pour un délai de 0,2 à 10 secondes! Certains l'appellent la "memory molecule" car elle reste activée pour un certain temps après le passage d'une information importante. Après s'être autophosphorylée, la CaM kinase II va phosphoryler d'autres protéines. Elle phosphoryle en particulier les récepteurs NMDA de la synapse (3). Suite à la phosphorylation, les canaux de ses récepteurs seront moins bloqués par les ions Mg2+. Également, leur conductance en ions calcium sera accrue, ce qui permettra de renforcer éventuellement davantage la synapse! De plus, les CaM kinases II phosphorylent les MAP kinases (4). Ces kinases ont comme rôle de construire le squelette du neurone en agençant de façon spécifique certaines protéines. La fixation de groupements phosphates sur chacune des MAP kinases libérera de l'énergie par formation de liens chimiques et activera donc ces MAP kinases. Activées, elles agenceront des protéines de manière à augmenter la densité des dendrites. Les dendrites pourront donc recevoir davantage de récepteurs et la réception des transmissions synaptiques sera encore optimisée! Le message passera mieux et la synapse aura été renforcée! Finalement, un autre mécanisme moléculaire de la PLT est la formation de monoxyde d'azote (5). En effet, l'entrée importante d'ions calcium via le récepteur NMDA activé entraîne également la formation d'un gaz: le monoxyde d'azote (NO). Celui-ci remonte à travers les fentes synaptiques et se rend aux boutons synaptiques des synapses à renforcer. L'arrivée de ce gaz provoque la formation de nouveaux neurotransmetteurs! La synapse vient d'être renforcée par un autre processus et ce, contrairement aux autres processus énumérés ci-haut, présynaptiquement. Il y a donc plus de messagers: le message passera mieux! Les cinq merveilleux processus de PLT que nous venons de décrire sont menés sur des synapses de neurones glutamatergiques. Bien que les neurones glutamatergiques permettent le stockage définitif d'informations grâce à la PLT, ce sont les neurones cholinergiques qui leur commandent de le faire.

La synapse cholinergique

Le bouton synaptique de la synapse cholinergique est composé lui aussi d'un canal calcium qui permet d'activer les vésicules synaptiques contenant les neurotransmetteurs d'acétylcholine (ACh) suite à l'arrivée d'un potentiel d'action. Les vésicules synaptiques fusionnent alors avec la membrane et laissent s'échapper les molécules d'ACh qui iront se fixer sur leurs récepteurs des dendrites connectées à ce neurone. Il existe deux récepteurs à ACh: le récepteur nicotinique et le récepteur muscarinique. Comme vous l'aurez deviné, le récepteur nicotinique a comme agoniste la nicotine. Ce récepteur ionotrope est couplé avec 3 canaux: les canaux sodium, potassium et calcium. Son activation par la fixation d'ACh à sa surface mène premièrement à l'ouverture des canaux sodium et calcium qui lui sont couplés. Cette ouverture provoque l'entrée par diffusion d'ions sodium et calcium et provoque une dépolarisation. Un potentiel local est donc créé sur la dendrite. Le récepteur nicotinique a donc le même rôle que le récepteur AMPA: celui de traduire les signaux chimiques envoyés par le neurone présynaptique en signaux électriques sur le neurone postsynaptique. Après cela, les canaux sodium et calcium se ferment et le canal potassium s'ouvre laissant sortir des ions potassium et rétablissant le potentiel membranaire au repos. La nicotine qui peut activer ce récepteur sans présence d'ACh a donc des propriétés neuromodulatrices cholinergiques. À faible dose, elle pourrait d'ailleurs être bonne pour la mémoire. À forte dose cependant, elle est totalement inutile (voir article sur les neuromodulateurs). Dans le cadre de la PLT, nous nous intéresserons plus particulièrement au deuxième type de récepteur à ACh: le récepteur muscarinique. Celui-ci a comme agoniste la muscarine. Il a comme antagoniste la scopolamine, alcaloïde de la plante Scopolia carniolica. Il existe trois types de récepteurs muscariniques: le M1, le M2 et le M3. Les M1 et M3 provoquent une excitation sur la dendrite, le M2 provoque une inhibition. Le récepteur M1 est le plus présent des trois sur les neurones cholinergiques de l'hippocampe. On le trouve également dans l'ensemble du cortex cérébral, dans le striatum ainsi que dans les ganglions de la base. Ce récepteur, contrairement aux trois autres que nous avons décrits précédemment (AMPA, NMDA et nicotinique) n'est pas ionotrope, il est métabotrope. Il n'a donc pas de canaux ioniques couplés à lui mais plutôt une protéine surnommée la protéine-G. Au repos, la protéine-G est formée d'une molécule GDP (guanyl di-phophate) liée à une sous-unité a. L'ensemble de cette molécule (
a-GDP) est liée quant à elle à une autre sous-unité: la bg. a-GDP-bg constitue donc la protéine-G au repos. Lorsque de l'acétylcholine se fixe au récepteur muscarinique M1, la protéine-G devient activée. La molécule GDP est phosphorylée: on lui rajoute un groupement phosphate. Elle devient donc GTP. Elle et la sous-unité a se dissocient alors du reste de la protéine-G (la sous-unité bg) et vont se fixer à une protéine nommée phospholipase C. Cette protéine devient alors activée et prend des molécules de Phosphatidyl inositol 4,5-bisphosphate (PIP2) pour les découper littéralement! Ce découpage libère du diaglycérol ainsi qu'un messager, l'inositol 1,4,5-trisphosphate (IP3). L'IP3 est un messager qui va se fixer aux canaux IP3-dépendants. Ces canaux sont situés sur le réticulum endoplasmique du neurone et le traversent. Une partie de leur structure est donc à l'intérieur du réticulum endoplasmique et l'autre se trouve à l'extérieur. Lorsque 3 molécules d'IP3 se fixent à un canal IP3- dépendant, ce dernier s'ouvre. Le réticulum endoplasmique contient une grande quantité de calcium stocké. Lorsque le canal IP3- dépendant s'ouvre, les ions calcium sortent alors par diffusion du réticulum endoplasmique. L'élévation de calcium dans le cytosol de la dendrite crée donc une dépolarisation. Il y a plus de charges positives à l'intérieur du neurone qu'à l'extérieur. De plus, pour amplifier cette dépolarisation, les ions calcium activent des calmodulines qui deviennent Ca2+-calmoduline. Elles se fixent alors à des AMPc qui vont se fixer à leur tour à des PKA, les activant. Ces dernières phosphorylent les canaux potassium les empêchant pour un court laps de temps de s'ouvrir! Les ions potassium sont donc maintenus à l'intérieur du neurone ne pouvant pas diffuser à l'extérieur. Puisqu'il y a plus de charges positives à l'intérieur qu'à l'extérieur du neurone, un potentiel local est créé et voyagé sur la dendrite! C'est donc de cette façon légèrement plus complexe que les récepteurs muscariniques permettent de traduire les signaux chimiques envoyés par le bouton synaptique en signaux électriques sur la dendrite. Ils procèdent par activation de la protéine-G, par libération de Ca2+ et en empêchant l'ouverture des canaux potassium. Voilà donc pour la transmission synaptique chez les synapses choliner-giques. Après que le message chimique (codé par la libération d'acétylcholine) ait été traduit en signaux électriques sur la dendrite, l'acétylcholine est dégradée, autant pour les synapses utilisant les récepteurs nicotiniques que muscariniques. Elle doit en effet être rapidement dégradée pour que le prochain message puisse bel et bien être transmis. Une enzyme de dégradation, l'acétylcholinestérase, s'occupe donc de dégrader 5000 molécules d'ACh par seconde!

L'interaction entre les synapses cholinergiques et glutamatergiques

Dans le cerveau humain, il existe une importante interaction entre les neurones cholinergiques et les neurones glutamatergiques. Bien que ce soit ces derniers qui stockent définitivement les informations au cœur de leurs synapses grâce à la PLT, ce sont les neurones cholinergiques de l'hippocampe qui leur commandent de le faire ou non. Comme il est expliqué dans l'article "Fascinante mémoire", lorsqu'une information visuelle a à être mémorisée, elle arrive premièrement de la rétine vers les neurones de la zone visuelle du cerveau. Ces neurones glutamatergiques se connectent aux neurones cholinergiques de l'hippocampe via une immense autoroute assurant le lien entre la zone visuelle et l'hippocampe: la voie occipito-temporale. Les neurones glutamatergiques répéteront donc constamment l'information visuelle aux neurones cholinergiques de l'hippocampe via la voie occipito-temporale. Cette constante répétition de l'information à l'hippocampe constituerait en fait la mémoire à court terme. Si les neurones cholinergiques de l'hippocampe n'acceptent pas l'information, celle-ci est oubliée. Si au contraire ils l'acceptent, l'information sera stockée à long terme! Les neurones cholinergiques de l'hippocampe envoient donc une importante stimulation (courte et à haute fréquence) à certains neurones glutamatergiques de la zone visuelle. Ces neurones, ce sont ceux qui stockeront définitivement l'information au cœur de leurs synapses. La stimulation envoyée par les neurones cholinergiques de l'hippocampe arrivera donc aux synapses de ces neurones glutamatergiques de la zone visuelle et permettra à certains de leurs récepteurs NMDA d'évacuer les ions magnésium bloquant leurs canaux calcium. Puisque certains canaux calcium deviennent libérés, des centaines d'ions calcium en profiteront pour entrer en une fraction de seconde dans les dendrites des synapses à renforcer! Le calcium arrivé à l'intérieur des dendrites enclenchera alors les fameux mécanismes de PLT et les synapses seront renforcées! C'est donc grâce à la réponse face à la répétition d'un stimulus des neurones cholinergiques de l'hippocampe que les neurones glutamatergiques des différentes zones du cerveau peuvent enregistrer de nouvelles informations! Cette interaction entre les neurones cholinergiques de l'hippocampe et les neurones glutamatergiques du cortex est tout à fait fascinante et permet de contrôler efficacement les milliers d'informations circulant constamment dans notre cerveau! Ce sont les neurones glutamatergiques qui stockent l'information mais ce sont les neurones cholinergiques qui leur commandent de le faire ou non. Ce sont donc les neurones cholinergiques de l'hippocampe qui ont le dernier mot en ce qui à trait au phénomène de mémorisation! <

 

 

 

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Réticulum endoplasmique:     Vaste réseau permettant la distribution de l'ensemble des protéines et molécules chez la cellule. Au niveau de la synapse, il stocke une importante quantité de calcium.

 

 

 

 

 

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David Laflamme, école Montcalm, expo-sciences 2000,  tous droits réservés.